andredo(65)
Beaumont, France
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Ce soir vers 21 heures, après contrôle, la barrière se lève et nous pouvons pénétrer dans l'enceinte de la réserve, qui semble gardée comme s'il s'agissait d'un site hautement stratégique. Après avoir patienté près de l'entrée, où sont installés quelques viviers dans lesquels s'ébattent des bébés tortues, nous marchons en direction de la plage, jusqu'à un second arrêt. Nous sommes une douzaine de Français ; d'autres groupes de différentes nationalités nous rejoignent, venant de l'extérieur, mais aussi du terrain de camping installé à l'intérieur de la réserve. Nous sommes finalement assez nombreux, peut-être une soixantaine de personnes.
Après une demi-heure qui nous permet d'admirer la nuit étoilée, le responsable arrive sur un petit véhicule électrique, accompagné par un assistant qui court derrière lui. Après les recommandations d'usage (ne pas parler, ne pas bouger, etc...), il nous prévient que ce n'est pas la bonne époque, ni la bonne lune, et qu'en conséquence nous ne verrons peut-être aucune tortue : nous commençons à faire triste mine. C'est que, par malchance, nous sommes au mois de janvier. Ah, en plein été, c'eût été différent, c'est alors par centaines qu'elles viennent pondre chaque nuit sur cette plage ! Nous voilà bien avancés, nous, fragiles Européens, qui ne viendrons jamais dans ce pays au moment où les températures y dépassent quotidiennement les quarante degrés (à l'ombre, bien sûr !). Il nous explique le cycle de reproduction de ces grosses tortues marines vertes, qui reviennent pondre, après plusieurs années en mer, à l'endroit exact où elles sont nées. C'est ce genre de choses que constatent les employés de la réserve, en bardant les tortues d'appareils qui permettent de suivre leur parcours.
Enfin nous rejoignons la plage, qui nous paraît déserte. Nous devons donc rester silencieux dans le petit espace qui nous est assigné. Nos hôtes, après avoir arpenté le sable, reviennent avec une bonne nouvelle : il y a six tortues sur la plage, l'une d'elles s'apprête à pondre...
Encore un moment, puis un bruit, tap tap tap tap tap, c'est bien une tortue : elle commence par creuser laborieusement, avec ses nageoires arrière, un faux trou, un leurre pour égarer les prédateurs. Dans trois-quarts d'heure environ, si tout va bien, nous pourrons assister à la ponte.
Et le temps passe, et la vilaine tortue, sans doute perturbée par notre présence, est retournée à la mer sans pondre. Que sont devenues les autres ? Mystère ... Nous croyons parfois en apercevoir une, mais non, c'est l'assistant qui cherche, courbé vers le sol.
Il s'est écoulé plus de deux heures lorsque le miracle est annoncé : une tortue commence à pondre, mais il faut encore attendre peu ! Le groupe est maintenant clairsemé, car beaucoup ont renoncé, mais au point où nous en sommes, nous pouvons bien rester.
Un peu plus tard, nous sommes autorisés, par groupes de six, à nous approcher, et observer rapidement le phénomène, à la faible lumière jaunâtre de la vieille lampe de poche de notre mentor. Bien sûr les flashs sont interdits : il serait vain d'espérer faire de belles photos. A intervalles réguliers, la tortue éjecte un œuf qui tombe dans le trou, profond d'environ soixante centimètres. Il est rond et blanc, un peu plus petit qu'une balle de tennis, avec une enveloppe assez souple, heureusement, car avec une coquille calcaire il pourrait y avoir de la casse.
La ponte comporte une centaine d'œufs, et tout le processus peut durer jusqu'à quatre heures, après quoi l'animal retourne à la mer avec le sentiment du devoir accompli, sans se douter que deux mois plus tard, ce sera l'hécatombe chez ses petits, dont seuls quelques-uns pourront atteindre la mer, où ils devront affronter d'autres dangers. Heureusement, les rares survivants auront une grande espérance de vie, jusqu'à trois cents ans.
Ces tortues existaient déjà à l'époque des dinosaures, et depuis toujours elles assurent de cette façon la survie de l'espèce.
Et voilà, c'est terminé, le ranger nous quitte, fier sur sa golfette, suivi par son fantassin. C'était malgré tout un beau moment d'intense émotion. Trois heures de préliminaires, pour quelques instants d'extase, est-ce que ça vaut le coup ? A vous de juger !
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Accessibilité
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A voir absolument
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Plage (taille)
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Qualité de l'eau