andredo(65)
Beaumont, France
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C'est un pays rude, avec des forêts sombres, de froides vallées touffues, des plateaux nus et ventés, où paissent les Salers, à la robe rouge acajou et aux cornes en forme de lyre. Ces belles vaches produisent - mais elles ne sont pas les seules - le Saint-Nectaire ou le Cantal AOC.
Les humains sont rares dans la région, au point que les quelques paysans esseulés qui y résidaient ont dû s'unir à leurs voisins, pour créer en 1975 Roche-Charles-La Mayrand, une commune qui parvient à conserver, vaille que vaille, un cinquantaine d'âmes.
Pourtant, à l'écart de toute route, plantée sur une butte rocheuse près des gorges du Sault, se dresse au bord du vide une petite église, qui ne se dévoile que lorsque l'on parvient au bord des plateaux plus élevés qui semblent protéger sa solitude. En s'approchant, on remarque quelques traces de murailles effondrées, et un cimetière abandonné qui conserve des croix bancales surmontant des pierres tombales en grande partie enfouies dans la terre.
Autrefois, peut-être dès l'époque romaine, mais à coup sûr au Moyen-Âge, il y avait de la vie ici. Pour surveiller un important chemin qui serpentait dans les gorges, un seigneur avait construit une forteresse, et un village s'était développé. Puis presque tout a disparu, nul ne sait quand, ni comment ni pourquoi, et j'aime cette incertitude qui permet à chacun de reconstituer l'histoire à sa façon.
Seule la chapelle du XIIe siècle subsiste ; elle a même conservé son rôle d'église paroissiale jusqu'en 1875, ce qui explique que l'on déchiffre sur les tombes qui l'entourent des inscriptions de cette époque. L'un des derniers prêtres a d'ailleurs créé un chemin de croix dont les stations ponctuent le sentier aux abords du site. J'imagine que, dans cet environnement sauvage, il se prit pour un druide et fut tenté de pratiquer des rites primitifs, lorsqu'il édifia, caché dans la forêt, cet autel que l'on découvre avec incrédulité. Mais qui a bien pu lui donner l'argent pour investir dans cette retraite ?
Il est vrai que le lieu est empreint de spiritualité, et encore aujourd'hui, chaque 15 août, de nombreux fidèles participent au pèlerinage qui célèbre le culte de Notre-Dame de Roche-Charles, une vierge en majesté du XIIe siècle qui est conservée dans la chapelle. Hélas, ce n'est qu'une pâle copie en plâtre, à la peinture écaillée. L'original en bois polychrome est en lieu sûr, dans le trésor de la cathédrale de Clermont-Ferrand.
Il faut se laisse envoûter par l'atmosphère sereine de ce paysage, où l'homme a juste marqué son passage, encore perceptible mais qui s'efface, inéluctablement repris par la nature. Au soleil d'automne, la petite chapelle apparaît dans sa simplicité candide, s'élevant lumineuse au-dessus d'ombres menaçantes, adoucies çà et là par des feuillages aux couleurs éclatantes.
La balade s'effectue en deux heures ; elle ne nécessite que l'effort de gravir des pentes qui restent accessibles à tous : c'est ce qu'on appelle de la montagne à vaches, sans plus. Néanmoins, il faut veiller à retenir les chiens, près des troupeaux, et les enfants, au bord du ravin.
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Accessibilité
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