Depuis déjà quelques années, je rêvais de passer quelques jours à Montmorillon, la Cité de l'Ecrit et des Métiers du Livre. Ateliers et petites boutiques autour du livre, quartier médiéval, gourmandises locales et petits patelins intéressants à visiter dans les environs, tout m'attirait là-bas. C'est enfin chose faite ! J'ai vécu trois jours passionnants pendant l'été 2003 et j'avoue avoir hâte de recommencer !
Un petit peu d'histoire ?
Surtout connue pour ses macarons, Montmorillon est aussi une ville d'art et d'histoire implantée aux confins de trois régions : Poitou, Berry et Limousin. Capitale d'un pays au riche patrimoine, au décor pittoresque et verdoyant, la ville a vu le jour au XIème siècle avec la création d'un château sur la rive gauche de la Gartempe qui traverse la ville, et s'est ensuite développée, notamment autour du site de la Maison-Dieu. Ruinée, pillée durant la guerre de Cent Ans puis à l'époque trouble des guerres de Religions, la vieille cité sur la rive gauche de la rivière a périclité et s'est figée dans le passé tandis que la ville neuve a pris ses aises sur l'autre rive. C'est dans cette vieille ville longtemps laissée à l'abandon que la Cité de l'Ecrit et des Métiers du Livre a vu le jour en 2000. Une vingtaine de boutiques et d'ateliers a ainsi pris place dans ce bout de ville qui fait plutôt penser à l'ambiance d'un gros village.
Montmorillon propose aux visiteurs un patrimoine diversifié, dispersé dans l'ensemble de la ville, et conserve encore de beaux monuments. Par ailleurs, les alentours de Montmorillon sont riches en visites et promenades :
- l'Abbaye de Saint-Savin, aux fresques classées Patrimoine de l'Humanité par l'Unesco,
- Angles-sur-l'Anglin, un des plus beaux villages de France accroché à la falaise dominée par les ruines de son château,
- la Cité Médiévale de Chauvigny, site unique en France qui regroupe 5 châteaux.
( Renseignements tirés du cite officiel de Montmorillon )
Dans les ruines de la Cité Médiévale de Chauvigny, il est possible d'assister à un superbe spectacle de fauconnerie conçu par l'animalier Pierre CADEAC ( Les Géants du ciel ). J'ai beaucoup aimé ce ballet d'oiseaux de toutes tailles et de toutes provenances : condors, cigognes, perroquets, faucons, aigles, vautours, kookaburras, chouettes harfang, marabouts d'Afrique, etc. Certains des oiseaux dressés à Chauvigny sont des vedettes puisqu'ils sont prêtés pour des tournages de films ( Gladiator, par exemple ).
Mais revenons à nos moutons, ou plus exactement, à nos macarons ! ;o)
C'est dans le quartier du Brouard que se situent quasiment tous les ateliers, librairies à thèmes, et toutes les petites boutiques qui font le charme de cette jolie ville. Traversez le Vieux Pont édifié au XIème siècle et reconstruit au XVème ; il vous emmènera tout droit dans un monde merveilleux. Mal famé il y a peu encore, il a été réhabilité, et des loyers ont été proposés à des prix très attractifs dans le but d'attirer des artisans. Si le Salon du Livre a lieu tous les deux ans, la Cité de l'Ecrit, elle, a ouvert ses portes en juin 2000. Petite visite guidée : vous me suivez ?
Survolons quelques ateliers
Au cœur d'un superbe quartier médiéval, libraires et artisans des métiers du livre accueillent les enfants pour un fabuleux voyage dans le monde de l'écrit : art de la calligraphie, enluminure, reliure, restauration de couvertures en cuir usées et endommagées par les siècles, illustration de textes, etc.
- Calligraphie arabe : issu d'une famille dans laquelle les hommes sont calligraphes depuis plusieurs générations, Ker Eddin Adili fait partager sa passion pour cette écriture consacrée comme un don de Dieu. Si vous poussez la porte de L'Ecritoire, vous découvrirez aussi les supports les plus anciens et les ingrédients utilisés pour la fabrication des encres.
- Calligraphie chinoise : avec Agnès Chung, vous découvrirez chez Encre de Chine une infime parcelle de la culture chinoise à travers l'art de la calligraphie et de l'estampage.
- Enluminure : c'est à La Feuille d'Or que Claire Travers faisait partager son savoir ( elle est ensuite partie à Toulouse ), ce qui est inestimable car la profession d'enlumineur garde jalousement ses secrets. Qui se doute encore aujourd'hui que le livre, objet de louange et de respect, représentait au Moyen Age un travail colossal ?
- Illustration Aquafeutre : Jean-Louis Dellys propose dans son atelier Eau en Couleurs une initiation à la technique de l'Aquafeutre.
- Illustration et infographie : à La Grotte aux Images, Serge Fiedos, Priscilla Saule, Grégory Beal et Mathieu Leyssenne initient les enfants aux étapes de la création d'une bande dessinée.
- Reliure : chez Matière à , Angéline Nait-Ali et Hélène Limousin travaillent pour des administrations, des bibliothèques qui recherchent une reliure fonctionnelle et solide, mais aussi pour une clientèle d'amateurs de beaux livres et de beaux ouvrages.
Mes trois jours dans la cité des macarons !
Ayant toujours éprouvé une grande attirance pour la période médiévale, j'ai choisi de m'initier à la calligraphie et à l'enluminure. Tout d'abord motivée pour me lancer dans la calligraphie latine, j'ai finalement changé mon fusil d'épaule, pour m'adonner dans la joie et la bonne humeur ( sans oublier les doigts copieusement maculés d'encre ! ) à la calligraphie arabe ainsi qu'à la calligraphie chinoise.
1°) Calligraphie chinoise chez Encre de Chine
9 rue St-Denis
Avec Agnès Chung, j'ai fait une initiation d'une journée à la calligraphie chinoise. Agnès ( de son vrai nom Yin Har, Yin signifiant hirondelle ) a commencé par nous parler des papiers, de l'encre, des pinceaux, des couleurs et des divers types d'écriture.
Agnès nous a montré du papier Xuan ( ou papier mille ans ) fait à partir de troncs de pins, du papier à base de paille et du papier à base de fibres de bois.
L'encre, quant à elle, se présente sous forme de bâtonnets solides confectionnés à partir de suie grasse de pin. L'encrier, en terre cuite, en ardoise ou en jade - parfois même en or - se compose de deux parties : un côté pour frotter avec le bâtonnet après avoir mis un peu d'eau, et un autre côté pour stocker l'encre.
Pour ce qui est des pinceaux, ils sont faits dans du bambou et on trouve des pinceaux en poils de chèvre, de loup ou de lapin. Certains pinceaux sont minuscules, d'autres sont immenses et ressemblent à tout sauf à un pinceau !
Avant de commencer, Agnès nous a également parlé des couleurs et de leur symbolique : la couleur la plus utilisée est le noir sur fond blanc. Le rouge est employé pour les fêtes ( naissance, mariage, anniversaire d'une personne âgée, Nouvel An ), le doré pour les enseignes des fêtes officielles, et le bleu sur fond blanc représente le deuil. Le rouge et le doré sont les deux couleurs les plus chères.
Pour finir, nous avons pu admirer dans la boutique des tableaux utilisant divers types d'écriture ( courante, sceau, régulière, fonctionnaire, herbe ). L'écriture herbe est magnifique, je crois que c'est celle que je préfère !
Qu'avons-nous appris avec Agnès ? Pour commencer, les 8 traits de base : heng, shu, dian, pei, ti, na, heng-shu, heng-gou.
Nous avons ensuite appris comment s'écrivent le soleil et la lune ; Agnès nous a expliqué qu'il s'agit là de pictogrammes puisqu'ils viennent directement des images. Les idéogrammes, quant à eux, donnent une idée et sont des pictogrammes combinés avec autre chose.
Nous nous sommes ensuite entraînées à calligraphier le mot PAIX ( qui s'écrit comme mon prénom ! ) sur un tout petit morceau de papier, puis nous avons choisi un autre mot à calligraphier sur du papier à base de paille mais de dimensions plus importantes ! Je me suis acharnée sur le mot BONHEUR une dizaine de fois au brouillon avant de me lancer pour de bon sur mon morceau de papier.
La calligraphie chinoise est, à mon avis, moins facile que la calligraphie arabe ; j'ai eu du mal à maîtriser la tenue du pinceau, et j'avoue avoir trouvé la tenue du poignet franchement peu naturelle. Quant aux appuis, ils m'ont aussi donné pas mal de fil à retordre ( appuyer, monter, redescendre, alléger, tourner mais sans ôter le pinceau du papier, bouarf, de quoi avoir le tournis ! ). Je commençais à me décourager lorsque Agnès nous a raconté qu'une dame qui avait voulu se lancer dans la calligraphie chinoise avait passé 3 mois pour maîtriser le premier trait. 3 MOIS À DESSINER LA MÊME CHOSE !!! Je crois que j'en aurais bouffé mon pinceau.
2°) Enluminure à La Feuille d'Or
1 rue du Vieux Pont, ( à l'époque ! )
Ah, l'enluminure ! Depuis que j'en rêvais, le grand jour est enfin arrivé !
Si j'ai contemplé des pages enluminées, c'est surtout grâce à Internet ; pour l'instant, j'ai surtout surfé sur les sites des bibliothèques mettant en ligne certains manuscrits. Il y a quelques années, une exposition sur la Beauté se tenait à Avignon, en plein festival. Je me souviens surtout d'une des salles du Palais des Papes qui accueillait des manuscrits richement enluminés. Malgré la faible lumière qui émanait des lampes et spots disséminés un peu partout, j'ai été sidérée de constater à quel point ces travaux étaient intacts, leurs couleurs vives et chatoyantes. C'était très émouvant de contempler ces petites merveilles sur lesquelles, des siècles auparavant, moines copistes et enlumineurs s'étaient abîmé le dos, les mains et les yeux.
Qu'est-ce que l'enluminure ? Les enluminures sont des ornementations peintes ou dessinées qui décorent les anciens manuscrits et servent de complément au récit. Plus précisément, enluminer signifie apporter la lumière par la couleur. Lorsque l'on parle de lumière, impossible de ne pas songer à l'or !
Pour initier ses stagiaires à l'enluminure, Claire propose plusieurs formules, d'une journée à cinq jours. Pour ma part, j'ai opté pour une seule journée car mon circuit de vacances était minutieusement établi un mois à l'avance, et bien qu'ayant très envie de m'attarder à Montmorillon, je savais que je ne pourrais le faire car il me faudrait partir dans les environs d'Amboise où nous étions attendus.
Tout d'abord, il a fallu choisir un motif à reproduire. Claire nous a donné plusieurs pochettes dans lesquelles nous avons consciencieusement farfouillé ( ! ) afin de décider si nous allions travailler sur un motif floral, un bestiaire ou une lettrine. Pour ma part, j'étais tentée au début par un motif floral, puis j'ai eu une furieuse envie de réaliser une licorne, ce qui a obligé Claire à en chercher une et à la retravailler, car les motifs médiévaux représentent fréquemment la licorne en train d'être tuée par un chasseur. Seulement voilà, dans le genre indécise, mieux que moi, ça ne se fait pas. Résultat des courses, je suis tombée en pâmoison devant un personnage jouant de la harpe et j'ai opté en fin de compte pour une lettrine !
Cette initiale, un D, représente le roi David jouant de la harpe et provient d'une glose d'un psautier exécuté au XIIème siècle et conservé aujourd'hui à la cathédrale de Lincoln ( Angleterre ). David est assis sur un trône flanqué de deux tentures stylisées. Un oiseau parle au roi sur sa droite, et un griffon forme le trait horizontal du D.
J'ai commencé par décalquer ma lettrine, puis j'ai scotché mon calque à l'envers sur mon parchemin pour repasser sur mon motif afin qu'il soit reproduit correctement. L'étape suivante a consisté à repasser sur les traits de crayon avec une plume très fine trempée dans de l'encre de couleur terre d'ombre brûlée.
Par la suite, je me suis entraînée à poser la colle à dorer avec un pinceau très fin, en réalisant de petits coussinets de colle rouge aussi réguliers que possible ( pas facile ! ). C'est cette étape qui est la plus délicate, car la pose de la feuille d'or est un plaisir et se fait presque toute seule. Il suffit de prendre une feuille d'or ( ou des tombées de feuilles ), de la déposer délicatement à l'endroit où l'on a mis la colle - que l'on aura préalablement réchauffée en soufflant dessus avec un tube -, de tapoter avec un pinceau pour qu'elle adhère convenablement, puis d'ôter tout le surplus avec un autre pinceau. Et là : mâââââââgique !!! La feuille d'or apparaît uniquement aux endroits préalablement enduits de colle. Tout de suite, le travail, bien qu'inachevé, prend une tout autre allure ! La colle posée en coussinets épais procure du relief à la feuille d'or. C'est beau, c'est doudouille, c'est dodu, on a envie de caresser ! Mais bas les pattes, car c'est très fragile.
Une fois ma feuille d'or posée, j'ai pris des pigments et fait mes propres couleurs pour peindre mon personnage. Les détails ( visage, drapés des vêtements et des rideaux, tabouret, cordes de la harpe ) ont été faits plus tard dans une nuance plus foncée.
L'ultime étape de ce travail a consisté à repasser les contours de ma lettrine à l'encre, tout comme je l'avais fait au début.
Hiouff !!! Au bout d'une journée de travail, j'en avais les yeux qui se croisaient. Mais je n'étais pas mécontente du résultat ;o)
J'ai passé dans l'atelier de Claire une journée extraordinaire. D'une part parce que cette jeune femme est un vrai trésor. Affable, dynamique, disponible, douce, patiente, gaie comme un pinson, passionnée par ce qu'elle fait. Avec Claire, il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions ! D'autre part parce qu'on se sent chez soi dans son atelier. Situé dans une demeure chaleureuse du XIIIème siècle avec une magnifique vue sur la Gartempe et une partie du quartier du Brouard, il est à mes yeux ce que doit être un atelier d'artisan. Une cheminée, beaucoup de bois, des affaires rangées ou traînant ça et là dans une joyeuse pagaille organisée, deux petites chattes coquines et câlines qui se faufilent partout et ont un chic inimitable pour grimper et roupiller dans les endroits les plus incongrus, des tasses de thé, du jus de fruits, et des biscuits sur la table. Enfin, parce que nous étions ce jour-là cinq stagiaires, et que j'ai pu voir comment travaillaient les deux autres dames présentes dans l'atelier ( elles faisaient un stage d'une durée de 3 jours ), tout comme visiteurs et badauds entraient à la Feuille d'Or pour jeter un œil sur les réalisations de Claire, mais également sur les stagiaires au travail !
Tout comme Ker Eddin, Claire possède ce petit je ne sais quoi qui fait qu'elle est elle aussi une personne rare. Elle a choisi un métier pas évident, peu ou plus pratiqué, et elle sait transmettre le virus de l'enluminure à tous ceux qui transitent par l'atelier de la Feuille d'Or ! De plus, je me dis qu'il y a vraiment en elle quelque chose de particulier pour que tous les stagiaires réalisent des travaux aussi soignés. Je me doute bien que pour s'inscrire à un stage d'enluminure, il faut déjà être prodigieusement intéressé, patient, et avoir le souci du détail ainsi que l'amour du travail bien fait, mais je pense que tout le monde n'est pas forcément doué, et j'avoue être perplexe lorsque je regarde les enluminures réalisées par les stagiaires ou quand Claire confie que depuis qu'elle anime des stages, elle n'a rencontré qu'une seule personne manifestement peu douée et donc pas vraiment faite pour l'enluminure.
Dis, Claire, c'est quoi ton secret ??! ;o)
3°) Calligraphie arabe à L'Ecritoire
1 rue Bernard Harent
Lutin facétieux, Ker Eddin Adili est un personnage fascinant. Véritable puits de science, ce calligraphe égyptien possède aussi une bonne dose d'humour et, tel un grand enfant, il fait partie de ces rares personnes qui continuent à porter sur la vie un regard émerveillé. Son atelier, quant à lui, est une pure merveille. Passer la porte de l'Ecritoire, c'est comme franchir un passage temporel vers une époque révolue. On se retrouve dans une belle maison ; en bas, dans la boutique, la première chose que l'on voit est le bureau de Ker Eddin ; il est possible d'acheter des plumes, des calames, des flacons d'encre, des signets, et d'adorables petites cartes. Dans de jolies vitrines s'entassent des plumes, des cartes de géographie, des arbres généalogiques, de vieux bouquins, etc. Tout au fond sèchent les papiers que fabrique Ker Eddin, des papyrus parcheminés souvent ornés de fleurs séchées. A l'étage, on trouve des pierres ( nous avons discuté gemmes et minéraux lors de notre première rencontre ! ), et tout en haut, sur des bureaux qui nous ramènent tout droit à l'école primaire, le Maître initie ses disciples à l'art de la calligraphie. Avant de prendre le calame et de le tremper dans le réservoir d'encre du bureau, Ker Eddin parle de cette écriture, puis explique quelle doit être la position de celui ou celle qui écrit. Chaque culture, en effet, a généré la posture du calligraphe. La position du corps est primordiale, mais elle sera différente selon le type de calligraphie.
En deux heures, nous avons tracé les 28 lettres de l'alphabet arabe ( alif, ba, ta, tha, jym, ha, kh, dal, dhal, ra, zay, sin, chin, sad, vad, ta, da, ain, ghein, fa, qaf, kaf, lam, mim, noun, ha, wew, ya ). Chaque lettre s'écrit de 4 façons différentes selon qu'elle est initiale, médiale, finale ou isolée. Deux des 28 lettres de l'alphabet s'écrivent de 5 manières différentes ( marque du féminin + usages grammaticaux particuliers ) ; on trouve 3 voyelles longues et 3 voyelles brèves.
La calligraphie arabe est, à mon avis, plus facile que la calligraphie chinoise dont je vous parlerai plus tard. Même s'il faut constamment faire attention à la manière dont on se tient et à l'appui des mains, on apprend assez vite et à condition de suivre les explications données par Ker Eddin, les lettres tracées sur le cahier s'enchaînent rapidement.
J'ai beaucoup aimé ce type de calligraphie, même si c'était étrange d'écrire de droite à gauche et de remplir mon cahier à l'envers et je trouve que certaines des lettres sont très belles.
Au fur à mesure que nous travaillions et discutions aussi, j'ai dit à Ker Eddin que nous avions calligraphié le mot PAIX avec Agnès Chung 2 jours auparavant, et je lui ai parlé d'Abdelfattah, un de mes élèves de classe de 3ème, qui est venu un jour m'écrire le mot PAIX en arabe au tableau ( sa classe travaillait à l'époque sur le thème musique et violence, et l'un des extraits proposés était la chanson Manhattan Kaboul ; les mômes m'expliquaient comment ils comprenaient le passage suivant : Ils t'imposaient l'Islam des tyrans ; Ceux-là ont-ils jamais lu le Coran ? et Abdelfattah me disait qu'il trouvait complètement aberrant que l'on puisse détourner le Coran pour faire la guerre au nom d'Allah. Il m'a ensuite expliqué que le mot ISLAM était dérivé de SALAAM et il est venu spontanément écrire les deux au tableau, pour me montrer à quel point la différence était minime. J'ai trouvé ça absolument génial ! ). Ker Eddin a semblé étonné que le jeune homme soit capable d'écrire en arabe et il m'a dit d'un air attristé que les jeunes d'aujourd'hui ne connaissaient plus grand chose de leur culture, ni de celle de leur pays d'accueil. S'intégrer, selon lui, n'est pas renier ses racines, mais simplement apprendre et s'approprier certaines choses du pays dans lequel on vit. C'est pourquoi il s'intéresse à d'autres types de calligraphie.
Pour finir, nous avons écrit notre prénom et j'ai demandé à Ker Eddin s'il voulait bien me calligraphier le sien sur le cahier qu'il m'avait préparé. Il nous a également écrit quelques lignes de sa belle plume, mais il s'agissait cette fois-ci de calligraphie latine. J'ai dit plus haut que Ker Eddin possédait un certain sens de l'humour ; démonstration : Pouvez-vous m'écrire quelque chose ? Ker Eddin prend le cahier, trempe sa plume dans l'encrier, et écrit QUELQUE CHOSE. Pour la petite jeune fille de 12 ans qui a préféré la calligraphie latine, il a réalisé tout un alphabet selon ce qu'il appelle la méthode Adili :
- Voyez-vous les lettres ?
- Oui !
- Non, vous ne voyez pas les lettres !
Et, en effet, les lettres ne deviennent visibles que lorsqu'il rajoute des yeux et des pattes. Ce n'est plus un alphabet, mais une multitude de petits oiseaux qui s'ébattent sur la feuille du cahier ! C'était trop mignon.
Si Ker Eddin fabrique certains de ses papiers, il confectionne également ses encres. Dans une des armoires proche des bureaux sur lesquels nous avons travaillé, nous avons vu les ingrédients qu'il utilise et va parfois chercher lui-même. Dans la composition de ces encres entrent des minéraux, des végétaux et des animaux. Ces matières premières servent à teinter ( cochenille, seiche, brou de noix, bois du Brésil, garance ), fixer ( gomme arabique, bois de Bourgogne ), mélanger ( gomme damar ), conserver ( noix de galle d'Alep ) et parfumer, car l'encre ne sent pas très bon ! ( tamarin, cire d'abeille, encens, myrrhe ). Une fois dosées et mélangées, les substances sont traitées par macération.
Pour ma part, j'ai acheté un calame et un flacon d'encre turquoise. Planquez-vous, la Terreur du Calame et de la Plume est de sortie !!! Je calligraphie sur tout ce qui bouge ! :-D
Mes impressions sur les 3 stages
Si la journée d'enluminure reste pour moi un fabuleux souvenir, j'avoue avoir beaucoup aimé aussi la calligraphie arabe. La calligraphie chinoise arrive donc en dernière position de ce tiercé gagnant, mais je ne regrette pas de m'y être initiée, ne serait-ce qu'une journée. Nos trois maîtres de stages se sont montrés disponibles, patients et charmants.
J'ai trouvé que le stage de calligraphie chinoise était tout de même un peu cher ( 60 euros par personne ) car nous avons utilisé assez peu de matériel ( il est fourni pour chaque stage ) et nous sommes reparties avec deux petites réalisations. Chez Claire, pour la journée d'enluminure, nous avons au contraire eu accès à un matériel très diversifié ( parchemin, pinceaux pour mélanger les couleurs, pour appliquer la colle à dorer et les couleurs sur le parchemin, plume à dessin, flacons d'encre, pigments divers, jaune d'œuf, colle à dorer, molette et plaque en verre dépoli pour mélanger et broyer certains pigments, feuilles et poudre d'or ), et les 92 euros qu'elle demandait par personne sont largement justifiés. De plus, nos travaux n'étant pas tout à fait achevés après 9 heures de travail, elle nous a offert une bonne heure le lendemain pour qui nous puissions terminer nos enluminures et nous sommes reparties avec un petit cadeau ( un signet ou une jolie carte ).
Pour ce qui est de la calligraphie arabe, j'ai trouvé le tarif raisonnable ( 10 euros par adulte, et seulement 7 vite baissés à 5 pour la plus jeune du trio ! ) et j'ai également apprécié de pouvoir profiter du cadre agréable qu'est l'Ecritoire. De plus, Ker Eddin étant un personnage peu commun, il aurait été dommage de passer à côté d'une telle rencontre.
Pour chiner
Nombre de petites boutiques sont des librairies à thèmes dans lesquelles il fait bon flâner. Ne ratez pas Captain D. Bulle ( BD à des prix intéressants, CD, vinyles et DVD d'occasion ), L'Imaginaire ( BD, livres pour enfants, beaux arts, affiches ), A Pas de Lou ( jouets en bois, peluches, cadeaux pour la maison ), et pensez à faire un tour dans les autres ateliers, boutiques et galeries de la Cité de l'Ecrit !
Montmorillon offre également de très beaux monuments ( l'Eglise Notre-Dame qui domine la Gartempe, la crypte Sainte-Catherine, la Maison-Dieu, l'Octogone, la chapelle Saint-Laurent ), et il est très agréable de se promener dans les ruelles du quartier médiéval de cette jolie petite ville, alors ne boudez pas votre plaisir !
Où se loger ?
Les deux premières nuits, nous étions à la Loge Monteil, à 20 minutes de la Cité de l'Ecrit, chez Nathalie et Daniel, dans une maison ancienne restaurée, où deux chambres vous attendent.
Le petit déjeuner est servi dans la salle à manger ou dans le jardin si le temps le permet ; à l'extérieur se trouvent des tables en bois pour pique-niquer ( Nathalie et Daniel ne proposent pas la table d'hôte ), et l'une des deux chambres est équipée d'une kitchenette pour ceux qui voudraient manger sur place et non dans Montmorillon.
Tarifs ( petit déjeuner compris, draps et linge de toilette fournis ) : 31 euros pour une personne, 39 pour deux personnes, 11 pour une troisième personne ( lit d'appoint ).
Chez Nathalie et Daniel, les chambres sont propres, le petit déjeuner copieux ( jus d'oranges, boisson chaude au choix, pain, beurre, confiture, viennoiseries, biscuits ), et il est agréable de discuter avec ces deux jeunes gens sont extrêmement gentils et accueillants. pendant que l'on se restaure !
Miam cronch slurp gloups
Pour un repas rapide, pas cher mais sympa, il y a la Crêperie du Brouard. Salées ou sucrées, les crêpes y sont vraiment bonnes ! J'ai eu un gros faible pour les crêpes sucrées car il y avait de l'eau de fleur d'oranger dans la pâte, et cela se sentait dès qu'on entrait dans la crêperie !!!
Crêperie du Brouard
1, rue Montebello
Pour un repas plus recherché, Le Roman des saveurs ( 2, rue Montebello ) me semble une bonne adresse. J'ai un souvenir ému d'un chausson au chèvre et au jambon, de magrets de canard bien sympathiques et d'un craquant au chocolat à tomber à la renverse !
Mais le must, sans nul doute, est encore le Lucullus ( 2, Bd de Strasbourg ). Quoi de plus glucose que d'être entourée de gens qui s'agitent autour de vous, vous servent, vous dorlotent avant même que le repas ne commence ( apéritif, mignardises salées pour se mettre en appétit, mise en bouche avec une petite gourmandise aux asperges ), bref, sont aux petits soins pour vous ?! La cuisine y est extrêmement fine, les plats sont copieux, la présentation est soignée, et les tarifs pas exorbitants par rapport à la qualité des repas servis !
Pour les gourmands invétérés, pensez aux macarons. Ceux de Montmorillon prennent la forme d'une petite couronne ducale et sont vendus dans leur papier de cuisson. Ils sont délicieux, mais ne se conservent pas très longtemps et doivent être gardés dans le bac à légumes du frigo ! Heureusement, chez Rannou Métivier ( Confiserie, chocolaterie, salon de thé 38 bd Strasbourg ), on expédie les macarons en colissimo suivi, ce qui évite de les rapporter complètement desséchés, ce qui aurait été mon cas car je ne rentrais qu'une bonne dizaine de jours plus tard !
Alors, dites voir, ça ne vous donne pas envie d'y faire un p'tit tour ?! ;o)