Lors de notre séjour à Kyoto, nous avions réservé une journée pour nous rendre à Himeji, ville située à l'ouest de Kyoto, facilement accessible en train. Cette ville de plus de 500 000 habitants est réputée pour son centre de formation bouddhiste mais aussi et surtout pour son château médiéval, le Himeji-jo, qui domine toute la cité et qu'il est impossible de manquer. Mon expérience en matière de châteaux féodaux me renvoyait aux forteresses de pierre réputées imprenables, avec leurs créneaux, douves, mâchicoulis... bref un bon gros château pour faire la guerre. C'était sans compter sans le raffinement exquis de la civilisation japonaise qui sait mêler la guerre au goût de l'esthétisme... Ainsi, avant même de partir au Japon, je découvris sur des sites internet et dans des magazines l'image de ce château savamment ouvragé et si délicat qu'on le surnomme Shirasagijô, "le héron blanc", en raison de sa couleur.
-
Accessibilité
-
A voir absolument
-
Rapport qualité/prix
-
Architecture
-
Etat
-
Importance historique
-
Il ne m'était pourtant pas si inconnu que ça puisqu'il apparaît dans de nombreux films, la plupart japonais et donc peu connu du grand public, mais aussi dans un James Bond (Pour les adeptes, il s'agit de l'homme au pistolet d'or) et certains dessins animés. Himeji-Jo fait partie des trois châteaux médiévaux qui ont résisté au temps et serait même le plus ancien. La rareté de ce genre de structure s'explique surtout par le fait que ce soit une construction en bois, donc très fragile car inflammable et périssable. Pour pallier ce problème, les seigneurs d'Himeji ont recouvert les murs d'une couche de plâtre, qui protégeait ainsi l'édifice du feu et le consolidait par la même occasion.
Le château d'Himeji est aussi très particulier par sa structure complexe, ce que nous découvrirons lors de la visite, et son architecture qui reflète l'époque à laquelle il fut achevé, le XVIIème siècle. De plus, pour ne rien gâcher, les travaux de restauration ont été les plus discrets possible et l'environnement du château a lui-même été préservé.
C'est le clan Akamatsu, qui dirigeait alors la région, qui eut le premier l'idée d'édifier une forteresse en haut de cette colline, en 1333. Sa position, particulièrement stratégique, créa des envieux et c'est finalement le clan Toyotomi qui acheva la construction du donjon, d'une hauteur de 3 étages. Au début du XVIIème siècle, le shogun Tokugawa, qui était alors au pouvoir, engagea la reconstruction du château, avec un donjon de 5 étages cette fois.
Himeji-Jo fut particulièrement chanceux au cours de l'histoire puisqu'il ne fut jamais endommagé par une guerre, même durant les bombardements de 1945. Abandonné après que le système féodal ait été aboli, il fut vendu aux enchères pour une somme dérisoire (j'aurais pu me le payer à l'époque snif!). Sa démolition engendrant un coup beaucoup trop important, l'idée fut abandonnée et le bâtiment servit d'abri pour des garnisons avant d'être réhabilité en tant que lieu touristique et monument national. Il est classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1993.
Notre parcours commence un bon matin de bonne heure sur le quai de la gare de Kyoto. Nous attendons le train rapide, direction Hiroshima, qui va nous mener à Himeji. Une heure plus tard, nous arrivons à destination. La gare d'Himeji, plutôt petite, nous accueille. Des employés souriants nous distribuent des shurikens en papier plié (origami). Quel rapport avec les lieux? Mon cerveau d'Européen ne trouve pas d'explication rationelle mais au moins si je me fais attaquer je pourrais toujours lancer mon arme en papier à la tête de l'agresseur. Me voilà rassurée :D
Aucun souci pour repérer le château. Son donjon dépasse au-dessus des immeubles de la ville et de toute façon le chemin est simple: en sortant de la gare, il faut aller tout droit, soit suivre tout bêtement la grande avenue. Pour les accros du shooping, il faut savoir que deux rues marchandes couvertes suivent parallèlement l'avenue, de chaque côté. On y trouve également des établissements pour se restaurer ainsi que de l'ombre, élément important en plein été.
Au bout de 10 minutes de marche, nous atteignons une placette, juste au pied du château, qui nous offre un point de vue intéressant. Un petit pont de bois enjambe les douves, juste devant le château. Pause photo. Avancée de quelques pas. re Pause photo. Himeji-Jo est vraiment impressionnant vu d'en bas, il semble s'élever grâcieusement vers le ciel. Nous passons une première enceinte, le chemin grimpe un peu et nous voici devant les caisses. Pour 600 yens tarif adulte (soit 4.50 euros), nous obtenons le fameux sésame qui va nous permettre de découvrir les lieux. Nous apprendrons par la suite que des visites guidées gratuites en anglais sont dispensées. Tant pis, le dépliant fourni avec le billet d'entrée nous suffira largement, ainsi que le plan en couleur installé juste après les caisses. Nous nous arrêtons un moment devant celui-ci et constatons que le château est vraiment grand. Du coup, nous préférons adopter l'itinéraire conseillé afin de ne pas oublier une partie des bâtiments.
LA PARTIE OUEST
En effet, l'enceinte du château est relativement vaste et entourée de plusieurs murailles. Nous bifurquons à gauche après avoir franchi la porte principale intérieure, direction la partie Ouest. Quelques volées de marches et nous voici dans un petit jardin. Des trous aménagés dans la muraille nous permettent d'apercevoir la ville, en contrebas, tandis qu'en nous tournant nous voyons au loin le donjon qui se dresse fièrement. Nous pouvons entrer dans le bâtiment accolé au rempart, après nous être déchaussés pour ne pas abîmer le beau parquet en bois (Je dois avouer que c'était propre car n'ayant pas pensé qu'on pouvait avoir à se déchausser dans un château j'étais en tongs et j'ai dû marcher pieds-nus!). Cette aile du château était réservée à l'un des fils du shoggun Tadamasa Honda et à son épouse, la princesse Sen. On raconte que le couple, à l'écart des affres du pouvoir, vécut vraiment heureux dans ce petit paradis. Les pièces s'alignent sur près de 300m, suivant un long corridor. Le sol est revêtu d'un parquet de bois foncé contrastant avec le blanc des murs, seulement entrecoupé de poutres de bois. On passe ainsi par la salle des gardes, les chambres des servantes... avant d'atteindre la tour des cosmétiques où la princesse avait coutume de se maquiller. Cette dernière, appartement noble par excellence, est recouverte au sol de tatamis tandis que des mannequins nous montrent le prince et son épouse occupés à jouer autour de coquillages alignés.
Cette première partie du parcours, sur plusieurs niveaux, nous fait découvrir quelques techniques de défense, entre autres avec les trous aménagés sous les fenêtres, sortes de mâchicoulis japonais, que l'on pouvait ouvrir et fermer, afin de jeter des pierres aux ennemis.
LE DONJON
Le chemin nous entraîne ensuite vers le bâtiment principal, le donjon, mais il nous faut encore monter quelques marches et traverser plusieurs lourdes portes en bois. Le chemin s'avère des plus tortueux, nous forçant parfois à effectuer des demi-tours, grimper des escaliers de pierres irrégulières ou bien franchir des portes étroites aménagées comme des corridors. L'ennemi avait du souci à se faire! Même les murs légèrement arrondis étaient difficiles à escalader.
Mais courageux comme nous sommes nous finissons par déboucher sur une placette qui abrite les réserves de riz et de sel, de première nécessité en cas de siège! Nous croiserons d'ailleurs de nombreux puits.
Nous sommes enfin arrivés au pied du château, sur une esplanade où ont été installés quelques bancs. Il faudrait presque se casser la nuque en deux pour apercevoir le château en entier. Etrangement, il est posé sur une imposante structure de pierre qui lui sert de socle et le grandit. Pas le temps de flemmarder, nous nous engageons vers l'entrée du donjon. Cette fois c'est quaisment à la queue leu leu que nous avançons car le passage est étroit. Il nous faut nous déchausser ici aussi et monter les 5 niveaux par de petits escaliers de bois assez raides. Chaque étage étant plus petit que l'autre, nous nous retrouvons de plus en plus collés au fil de la montée.
Plusieurs étages font office de musée et c'est ainsi que nous découvrons l'architecture du château sous la forme de plans, dessins, textes... ainsi que des armes et des armures d'époque. Vu de l'extérieur, on croirait que le donjon ne comporte que quatre étages car la limite entre le 3ème et le 4ème étage a été gommée, sûrement pour tromper l'ennemi. Arrivé en haut, une fabuleuse vue sur toutes les enceintes du château et la ville d'Himeji nous attend. Nous nous rendons aussi compte que le toit est décoré de petites statues représentant des dauphins, censés éviter le feu au bâtiment. A ce niveau là, les enfants peuvent se faire tamponner le sceau des seigneurs d'Himeji sur leur petit livret.
LA PARTIE EST
Une fois sortis du donjon, nous nous retrouvons sur l'esplanade et suivons l'itinéraire conseillé. C'est à nouveau un chemin tortueux, de nombreuses portes et obstacles qui nous attendent sur notre passage. Mais nous nous en sortons vivants! Juste pour aller voir le quartier des suicidés... La légende veut qu'à cet endroit venaient se faire hara kiri (ou plutôt seppuku) les habitants du château assiégé. On descend quelques marches qui mènent vers un petit jardin au calme... un bel endroit pour mourir. Un peu plus loin, c'est un puits autour duquel rôde le fantôme d'une servante qui nous arrête. Décidément, il n'y a point besoin d'aller en Ecosse pour voir des châteaux hantés!
Enfin, le chemin s'achève, après avoir longé une muraille vraiment particulière, percée de trous en forme de figures géométriques (carrés, cercles, triangles...). Le procédé peut paraître étrange mais en réalité les trous, qui servent de meurtières, sont adaptés à la forme des différentes armes des guerriers.
Une bien belle visite que nous avons accomplie en un peu moins de 2h. Le château d'Himeji, en plus d'être d'une incomparable beauté, nous aura beaucoup appris sur l'art de la défense et la vie des seigneurs médiévaux. A ne surtout pas manquer!