Avis détaillé de madmike
Glasgow, jadis seconde ville de l Empire Britannique, compte nombre de musées, le plus ancien étant la bicentenaire Hunterian Art Gallery, qui se targue d être la plus ancienne pinacothèque britannique, et à côté des institutions patrimoniales (Kelvingrove Art Gallery and Museum, The Burrell Collection) l on peut tout naturellement y trouver un musée d art moderne.
Il est baptisé Gallery Of Modern Art , mais est plus connu de son acronyme GOMA , que l on peut deviner calqué sur le MoMA new-yorkais qui fut longtemps la référence du genre avant d être surclassé par Beaubourg et la Tate Modern
Le musée est central, et dans un bâtiment historique.
Les musées d art moderne sont souvent exilés à la périphérie, en raison de leur nouveauté comme du besoin d espace de beaucoup d œuvres contemporaines, et l on a vu à Londres la Tate Modern récupérer une ancienne centrale électrique un peu excentrée, ou la kasseloise Documenta utiliser (lors de sa onzième édition en 2002) une brasserie désaffectée loin de tout, espaces neutres et vastes fort commodes pour des installations souvent mégalomanes.
Le GOMA déroge totalement à cette tendance, en s installant dans un édifice du XVIIIème siècle qui est probablement l un des plus anciens de Glasgow, ville très largement victorienne, et en bénéficiant du coup d un lieu parfaitement situé, à quelques décamètres de la centrale place George (George Square), et il n est pas immense, ce qui permet de le visiter en une couple d heures, mais limite les possibilités de présentation de la collection, seulement visible dans le cadre d expositions temporaires.
Le bâtiment lui-même a beaucoup d allure, un édifice palladien qui fut une riche demeure puis la bourse locale avant de trouver une nouvelle destinée muséale, et la colonnade corinthienne de son portique n indique point d emblée que l on s apprête à pénétrer dans un lieu contemporain !
L espace est limité.
Le sous-sol est dévolu à une bibliothèque-café qui fait visiblement le délice des locaux, pouvant y bouquiner à loisir revues et ouvrages pour le prix d une cup of tea, le rez-de-chaussée se limite à une boutique d ailleurs d un intérêt très relatif, et du coup il ne reste que trois niveaux ouverts à la visite, chacun de ces niveaux se limitant grosso modo à une immense salle, et quelques espaces annexes.
Le premier niveau ne manque pas d allure, une vaste salle avec encore des colonnes corinthiennes aux chapiteaux dorés, et l espace y est sans doute difficile, un tel lieu étant suffisamment imposant pour écraser les oeuvres qui y seraient présentées, l on est très loin là de la neutralité des white rooms (salles blanches) aux murs lisses et anonymes usuellement recherchées. L espace en question était en cours d aménagement lors de mon passage, mais il me semble quelque peu ingrat, plus adapté sans doute à de la photographie plasticienne, dont l ambition est d égaler les tableaux du grand genre d autrefois qu à des formes d art autres, probablement vouées à être écrasées par un tel endroit.
Les deux autres niveaux sont plus anonymes, et rejoignent dans leur aménagement le standard des white rooms, mais les hauteurs de plafond ne sont pas énormes, limitant là encore ce que l on peut y présenter, puisque les installations et œuvres ne pourront s étendre qu en largeur et longueur, mais pas tellement en longueur.
La collection est controversée.
Le guide vert Michelin annonce la couleur en la signalant comme telle, et, après avoir visité le GOMA, je conçois qu elle soit loin de faire l unanimité, et suis moi-même quelque peu dubitatif sur les choix de l institution, qui semble avoir comme critère de sélection unique le fait de résider en Ecosse, et oublier la qualité artistique des œuvres retenues et leur intérêt.
La sélection des acquisitions récentes que j ai pu voir était ainsi assez affligeante, la plupart des œuvres relevant de l anecdotique et de l oubliable, seuls une installation amusante de Martin Boyce, où les tubes fluos sculptaient une forêt étrange, et surtout deux œuvres majeures de Christine Borland et Ian Hamilton Finlay valaient réellement le détour. Christine Borland traçait dans la poussière le squelette d un nain et d un géant de jadis, enjeux de querelles entre anatomistes avides de disséquer de tels spécimens, en une œuvre dont la fragilité apparente n avait d égale que la puissance, et ce commentaire implicite sur l éternelle marchandisation du corps était assez fascinant, tandis que Ian Hamilton Finlay jetait dans des paniers trois têtes, dont celles de Catherine Millet, en une évocation ironique et plastique de la révolution française.
A côté de cela une autre exposition consacrée à l artisanat écossais relevait plus du comité des fêtes de Trifouillis sur Clyde que de ce qu on attend d une institution d art moderne, en alignant des créations certes amusantes ou inventives mais un peu déplacées dans un musée d envergure, la promotion de l artisanat local est certes louable, mais pas forcément à sa place ici, surtout vu que justement l on manque de place
Les lacunes sont flagrantes.
Le manque de place ne permet d exposer qu une infirme partie de la collection, et les œuvres d artistes prestigieux sont ainsi probablement dans les réserves, ainsi que les peintures modernes des aborigènes australiens qu avait apparemment pu voir le rédacteur du guide vert, ce qui est un peu agaçant quand on voit ce qui est exposé. Il me semble que laisser un des espaces à un best of des collections permanents serait une sage mesure, et rendrait le musée un peu moins frustrant.
Les critères de choix des artistes sont eux aussi assez hermétiques, il semble que résider en Ecosse soit primordial, mais du coup l institution néglige un artiste tel que David Mach , pourtant né à Edimbourg, alors qu il était l une des sensations de la dernière FIAC parisienne, et apparaît régulièrement dans les annuelles Summer Exhibition de la Royal Academy of Arts
Le GOMA n est pas le MoMA.
Le musée d art moderne écossais est très en deçà des références du genre avec sa surface réduite et ses choix discutables, et il est aussi très en deçà de la qualité des autres musées de Glasgow, dont plusieurs valent le voyage à eux seuls.
Le bâtiment XVIIIème siècle de belle allure, la situation très centrale et la gratuité peuvent justifier d y jeter un coup d œil, mais ce n est en aucun cas une priorité lors de la visite d une ville qui comporte tant de musées passionnants
Note : 5/10
Gallery Of Modern Art (GOMA)
- Queen s Street (non loin de George Square)
- entrée libre
- tél : +44 (0141) 229 1996
- www.glasgow.gov.uk
- ouvert tous les jours (sauf quelques jours fériés) : de 11h00 à 17h00 les vendredi et dimanche, de 10h00 à 17h00 les autres jours
Gallery of Modern Art6
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